H comme HEBDO, LIVRES HEBDO

Sélectionné Par buveurs d'encre -- 13 mars 2010






Quand le livre est beau, le Livres Hebdo



Comment reconnaît-on un canard professionnel ? C’est celui que vous pouvez laisser traîner sur le bureau pendant l’heure de la pause sans crainte que quelqu’un vous le chipe. Normal : ce qui caractérise la presse professionnelle, c’est son côté extrêmement chiant. J’ai moi-même participé à la création de quelques unes de ces publications et rassurez-vous, je peux vous garantir que c’est au moins aussi pénible à écrire qu’à lire.

Cela pour dire que je trouve que nous avons bien de la chance, nous autres professionnels du livre, d’avoir Livres Hebdo. Livres Hebdo, c’est le canard des libraires, des bibliothécaires et des éditeurs. Même si je ne le guette pas avec la même impatience que le Pif Gadget de mon enfance, c’est le premier pli que j’ouvre dans le courrier du vendredi. Et même si Juliette et Stéphanie font la fine bouche et affirment souvent qu’ « il n’y a pas grand-chose là-dedans » (traduction : tu serais mieux inspiré de nous augmenter plutôt que de claquer l’argent de la librairie dans des bêtises pareilles), elles ne sont pas les dernières à le feuilleter.

Moi, ce que je préfère, c’est la rubrique « »Librairies ». C’est vachement plus intéressant que la rubrique « Bibliothèques », et si vous pensez l’inverse, c’est probablement que vous êtes bibliothécaires, auquel cas votre avis ne compte pas car il est frappé de partialité. La rubrique Librairie, donc, est celle dans laquelle on peut connaître le léger frisson du quart d’heure de gloire warholien, ce qui nous est arrivé deux ou trois fois. Et ricaner devant les photos des petits copains, vu que nous on est beaucoup plus photogéniques. « T’as vu, Machine, quitte à refaire la déco, elle aurait pu éviter les étagères rose fushia ». Oui, Livres Hebdo a un petit côté Voici et c’est pour cela qu’on l’aime.


C’est dans ses pages que se développent les chamailleries dont le monde de l’édition est friand et qui n’intéressent que nous. Dernière en date : Hachette veut-il vraiment la mort du Salon du Livre ? Démenti du groupe dans le dernier numéro, à l’occasion de la publication d’un droit de réponse disant en substance « c’est celui qui dit qu’y est ! ». Vous vous en foutez ? C’est bien ce que je pensais, vous ne méritez pas d’être libraire.

Livres Hebdo nous informe aussi mensuellement de l’état du marché et de son évolution, réseau par réseau, ce qui nous donne l’occasion de nous lamenter, de nous rassurer ou de nous réjouir. Un Chiffre d’Affaires en hausse ? C’est encore meilleur quand le marché est à la baisse, car comme l’affirme la sagesse populaire, il ne suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux.
Notre valeureux canard nous donne aussi, semaine après semaine, la liste des meilleures ventes genre par genre de manière très détaillée, avec des flèches qui montent et qui descendent, très jolies, à la manière du Top 50 jadis présenté par le regretté Marc Toesca.(*). Suivre cette liste pour passer les commandes serait suicidaire car cela aboutirait peu ou prou à avoir des tables et des rayons ressemblant à ceux de Monsieur Leclerc. Les ventes présentées sont celles de l’ensemble des réseaux, ce qui veut dire que cela intègre les grandes surfaces, l’internet. Un titre qui marche fort chez Leclerc ne marchera généralement pas en librairie indépendante et lycée de Versailles. Par exemple, si on constituait le rayon BD en suivant la liste des meilleures ventes (Gotlib nous en préserve) , il n’y aurait plus que des albums avec des Trolls et des femmes en peau de bête…

Plus intéressants, mais à manier avec des pincettes, les avis de la rubrique «Avant-critiques ». Souvent de bonne qualité et bien étayée, cette rubrique pâtit cependant d’un manque d’indépendance qui s’explique assez bien, vu que Livres Hebdo est rempli des pubs des mêmes éditeurs dont les bouquins sont critiqués. Suffit juste de le savoir.
Enfin, ce petit billet serait incomplet s’il occultait l’existence de « Livres de la semaine, bibliographie de la France ». Derrière ce titre à la Michelet, défile l’intégralité des parutions de la semaine, tous genres confondus, sur une bonne trentaine de pages. Quand je dis tous les genres, je ne plaisante pas. Je suis ainsi en mesure de prévenir les nombreux propriétaires de bovins du 19ème arrondissement qu’est sorti mercredi, aux Editions France Agricoles, un ouvrage intitulé Les mammites, qui se fait fort de vous donner tous les conseils nécessaires pour prévenir les mammites de vos bestiaux préférés. Traitement de la lactation et du tarissement, importance de l’amélioration du poste de traite, rien n’est laissé au hasard. Il vous en coûtera 36 euros. Evidemment, je ne lis jamais cette rubrique, pas plus j’imagine que mes collègues libraires.

Cependant, que les personnes chargées de la tâche ingrate consistant à mettre en page cette rubrique sachent qu’elles n’oeuvrent pas en vain. J’ai ainsi dans mon aimable clientèle un Monsieur à qui je donne Livres Hebdo chaque semaine et qui, j’en suis persuadé, la lit de bout en bout. Témoin, les commandes qu’il nous passe chaque semaine où presque, revenant avec l’hebdomadaire scrupuleusement annoté en face des titres les plus improbables. Sachez donc, chers amis, que malgré son caractère extrêmement austère (des pages entières de blocs-texte en corps 8, séparés par des codes-barres tristounes), votre rubrique a aussi une fonction promotionnelle.

Les annonces classées ferment la marche, comme il est d’usage. Si vous disposez de 60000 euros et que l’envie d’entreprendre vous démange, sachez qu’il y a dans l’ouest du pays une librairie ésotérique qui n’attend que vous pour la reprendre. Que la force soit avec vous.

(*) Marc Toesca n’est pas mort, car il chante encore.

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G comme... GROS

Sélectionné Par buveurs d'encre -- 01 mars 2010






Vous êtes sûr que vous n'avez pas moins gros ?



Quoique vous en pensiez, il ne sera pas question du poids des libraires, mais bien de celui des livres. La question du surpoids et de l’IMC* s’impose en effet régulièrement au libraire : l’apparence physique reste un critère de choix majeur, même en ce qui concerne les livres. Régulièrement, les scolaires sont effarés par les choix de leurs professeurs, mais je les soupçonne de râler même quand il s’agit d’une farce de Molière en un seul acte. Et puis il y a les livres qui sont trop gros pour rentrer dans un sac à main ou de voyage. Il faut bien avouer qu’un livre de poche qui fait 1020 pages rentre rarement dans une poche. Mais quoi, lecteur timide, tu te laisseras impressionner par le nombre de pages ? Passe donc au-delà des apparences et des préjugés, et saisis donc ce gros livre bien feuillu. Et succombe au plaisir de déguster un mille feuilles. Promis, tu ne prendras pas de poids.

En parlant de gros livres, je resterai à jamais marquée par une histoire de dictionnaire : il y a quelques temps de cela, un client avait commandé un dictionnaire Larousse des noms propres ; il revient deux jours plus tard insatisfait de son achat. Le verdict est sans appel, il est trop gros, enfin, trop grand. 19 cm sur 25,5 cm. Ca ne fonctionnait pas, puisque le dictionnaire des noms communs qu’il avait acquis plusieurs années auparavant mesurait 15 cm sur 23,5. Flagrante incompatibilité de format ; du coup je me suis gardé mon dictionnaire, victime de son tour de taille.

Certains clients, assez rares au demeurant, ne jurent par contre que par le grand format, quand d’autres leur préfèrent systématiquement le livre de poche. Ces derniers, quand ils ont entendu parler d’un livre dans les médias demandent alors s’il existe en poche. Vaste question… pour tout vous dire, on parle en général dans les médias des « nouveautés », c’est-à-dire les livres qui viennent de sortir, en grand, et gros, format. La parution en poche dépend du succès de cette première édition ; l’édition en petit format est une seconde vie pour le livre, et l’on attend donc que la première ait naturellement pris fin (quand les ventes rendent leur dernier souffle…). Si Millenium continue à se vendre en grand, pourquoi le passer en poche ? Il faut donc au minimum attendre un an pour la parution en poche, voire plus. Et si presque toutes les maisons d’édition ont aujourd’hui leur département poche (Gallimard a Folio, Le Seuil a Points, Actes Sud a Babel), les politiques d’acquisition de droit de ces derniers ménagent parfois des surprises. Pas encore de loi mathématique précise sur cette question, mais du suspense à tous les étages.

Saviez-vous d’ailleurs que le livre de poche est apparu en France en 1953, avec Hachette et sa maison d’édition qui porte l’original nom de « Livre de Poche » ? et que cet acteur devenu incontournable fut houspillé par un certain nombre de personnalités de l’édition ? Dans les années 60, Hubert Damisch publie un violent réquisitoire dans Le Mercure de France intitulé « La Culture de Poche » (une entreprise « mystificatrice puisqu’elle revient à placer entre toutes les mains les substituts symboliques de privilèges éducatifs et culturels »), et Les Temps Modernes consacrent à la question deux numéros. Et des éditeurs comme Jérôme Lindon, qui dirigeait Minuit, ont refusé pendant des années de faire des collections de poche.

Mais comme je suis pour la paix des ménages, je vous invite donc à prendre la poire et le fromage, Laurel et Hardy, le gros et le petit…

*Indice de Masse de Chapitres

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