X comme... X-SMALL

Sélectionné Par buveurs d'encre -- 24 octobre 2009





Is small beautiful ? Faut voir...


« Bon alors, quand est-ce que vous vous agrandissez ? ». Judicieuse question, qu’on s’est plus d’une fois posée, avant de conclure que l’urgence était de ne pas se précipiter. Pas question de déménager à Pétaouchnok pour gagner 35 mètres carrés, dans lesquels on se sentirait tout perdus, vu qu’on égarerait une bonne partie d’entre vous en route. Ne dites pas le contraire, je sais ce que c’est, j’ai personnellement rompu une relation fusionnelle avec un marchand de vin à la suite d’un bête déménagement. Bouger, oui, mais dans la bonne direction. C’est beau comme un slogan de l’UMP, non ?

Pas si simple, cependant. La prochaine fois que vous ferez vos courses avenue Secrétan, levez les yeux du caddie et vous constaterez que les locaux à louer ne sont pas légion, les commerçants qui les exploitent présents depuis de nombreuses années et jusqu’à preuve du contraire bien décidés à y rester. En plus, les locaux de grande taille sont la propriété d'enseignes nationales dont quelque chose me dit qu’elles sont à l’abri de l’OPA que pourrait lancer contre elles une librairie de quartier. Ajoutez à cela ma phobie des déménagements et une sainte horreur des travaux (la simple vue d’un pot de peinture et d’un pinceau me rend malade), et vous comprendrez que l’agrandissement n’est pas forcément pour demain.


Bien sûr que je ne cracherai pas sur 20 mètres carrés de plus, surtout si je pouvais les obtenir d’un claquement de doigts, ce qui est assez peu probable. Et puis, le grand et beau local pas cher et bien situé (la variante commerçant du CDI intéressant et bien payé avec plein d’avantages), cela ne se trouve pas sous les pieds d’un éditeur. Mais bon, imaginons qu’un plan pas trop éloigné de cette vision idyllique vienne à se dessiner… Et bien, la décision de bouger me semblerait moins évidente qu‘il y a, disons, trois ans. Pourquoi tant de pusillanimité ? vous entends-je objecter... D’autant que plus on est grand, plus on est rentable, non ?

Parce que les temps changent, chers amis, et m’est avis qu’on assiste aux prémices d’un bouleversement majeur en matière de consommation de biens culturels. Sans vouloir faire mon Alain Minc ou mon intéressant, je me vois contraint de vous infliger un brin de stratégie de comptoir, histoire de vous prouver que ma non-décision de bouger n’est pas motivée par une prédisposition regrettable à la procrastination (en tout cas pas seulement) mais consécutive à une réflexion longuement mûrie. Plusieurs facteurs conjugués font que demain, les librairies de petite taille (*) risquent d’être avantagées, par cette même taille qui aujourd’hui les pénalise :

1. La fameuse « dématérialisation du livre ». Même si dans un premier temps, cela va surtout intéresser quelques technophiles (les mêmes qui font la queue à minuit pour avoir le dernier modèle de portable) et les très gros lecteurs, il semble que les premiers e-books soient maintenant véritablement opérationnels. Si je peux éviter de partir en vacances d’été avec 18 bouquins comme en juillet dernier, c’est évident que je suis preneur. Mais bon, les nerds + les libraires, cela fait 1% de la population, maxi. L’offre limitée, s’étoffera, et ce n’est pas tant le roman qui est menacé que d’autres secteurs, en particulier le pratique, le tourisme, les bouquins de cuisine. Pour une raison super simple : le livre électronique apporte ici un vrai plus. Imaginez : vous partez en week-end à Budapest. Vous préférez quoi ? Un service accessible par votre mobile qui vous donne les bonnes adresses, vous guide pour y aller, vous donne les réactions des derniers visiteurs ou, pour le même prix voire plus cher, un guide du routard estampillé 2010 mais dont les infos datent de 3 ans ? il n’y a pas photo. Le guide de tourisme sous sa forme traditionnelle a du plomb dans l’aile, si vous voulez mon avis. Problème : si vous avez une grosse librairie, vous êtes obligé de « faire » du guide, du pratique, de la cuisine qui drainent chez vous des personnes qui fréquentent peu par ailleurs les librairies. Et qui vous achèteront en plus le best-seller qu’elles liront dans l’avion pour Budapest. Je schématise, mais c’est en gros l’idée. L’avantage, sur 40 ou 50 mètres carrés, c’est que vous pouvez ne faire que de la littérature, de la jeunesse, de la BD, genres a priori moins touchés par cette dématérialisation.

2. Le changement des habitudes de lecture et d’achat. Les jeunes lisent moins, en tout cas pas de la même manière. Ils préfèrent passer leur temps devant des consoles vidéos ou s’acheter de la drogue. On apprend plein de choses intéressantes sur leurs sales manies, dans le tout récent rapport sur les pratiques culturelles des français, édité à La Découverte. J’y reviendrai dès le prochain article posté sur ce blog (Y comme…) mais bon, je peux déjà vous dire que le résultat ne donne pas nécessairement envie de sabrer le champagne.

3. Un rejet des grosses machines. Les hypermarchés, les grands centres commerciaux, c’est terriblement 20ème siècle. Le moindre projet municipal aujourd’hui ne jure que par la proximité, l’échange. On est tous frères et on a terriblement envie d'échanger et de communiquer, sur le papier en tout cas. C’est particulièrement vrai à Paris, où on a quand même pas mal le fantasme de la vie de quartier (que je suis d’ailleurs le premier à partager). Les différents projets présentés dans le cadre de la prochaine réhabilitation du marché couvert Secrétan constituent une excellente illustration de cette tendance lourde.

Dématérialisation + nouvelles habitudes de lecture + envie de contact et de reconnaissance = devinez qui va morfler en premier ? Réponse : les GSS, Fnac et Virgin en tête, qui se trouvent en gros le cul entre deux chaises. Si j’avais des sous dans l’affaire, je me ferais aujourd'hui du souci :

1/ Ces GSS proposent une offre moins importante que celle d’Amazon; C'est ainsi du moins qu'elle est perçue par le public. Amazon propose en fait un catalogue. Si vous commandez un bouquin sur les meilleurs spots de ball-trap en Australie ou un truc du genre, Amazon le commande à l’éditeur, avant de vous le réexpédier. C’est le sens du fameux message « 1 à 3 semaines de livraison » pour ce qui sort de l'ordinaire.

2/ Ces mêmes GSS sont tellement sous-staffées que c’en est risible. Un(e) repré dont je tairai le nom m’a dit avoir vu, personnellement, une GSS de 130 à 150 m2 avec en tout une et une seule personne présente laissée seule pour affronter les clients (c’était à l’heure du déjeuner, pour rester honnête). La compétence des gens n’est même pas en cause, vous pouvez avoir Bernard Pivot ou Umberto Eco derrière le comptoir de vente, il aura du mal à dégager le temps nécessaire à un conseil personnalisé.

Au bout du bout, on en revient toujours à la théorie de ce bon vieux Charlie Darwin. Survivront les modes de distribution qui apporteront une valeur ajoutée à l’utilisateur. Amazon croîtra et sera demain le mode dominant de distribution, car le service offert répond à un besoin, plein de gens habitent loin de la première librairie, ont des horaires zarbis ou semblent décidés à ne plus bouger de chez eux (ce sont les même qui utilisent le service take-away des restos, pour moi des sortes d’extra-terrestres). Entre parenthèses, je trouve sympathiques les efforts faits par les libraires pour se doter d’un "portail internet commun de vente à distance" (vieux serpent de mer), mais il faut voir les choses en face.

Quand vous allez défier sur son terrain une société qui :

A) est arrivée la première sur le marché

B) dispose d’une très forte notoriété

C) maîtrise parfaitement le cœur de métier (ici, l’informatique, la statistique et la logistique pour Amazon. Ce n’est pas leur faire injure de dire qu’ils pourraient vendre avec la même efficacité des préservatifs ou des boites de petits pois

D) dispose d’une surface financière supérieure

… la conclusion est que vous allez vous faire rétamer sans que cela fasse un pli. Conseil : si un jour vous prend l’envie d’aller défier Mike Tyson, choisissez les petits chevaux plutôt que les gants de boxe. En d’autres termes, plutôt que s’épuiser dans une course perdue d’avance, les librairies de quartier ont davantage intérêt à développer leurs points forts (ou supposés tels) : conseil, proximité et réactivité. Ce qui n’exclut d’ailleurs pas l’usage de l’internet, mais un site marchand, permettez-moi de rigoler. Cela dit, il est tout à fait possible que je me plante complètement et que l’avenir appartienne aux GSS. Comme il n’est pas impossible qu’on redécouvre un jour les joies du minitel (qui coulera Amazon), du 78 tours et du mashed potatoes. Oui, je suis peut-être complètement à côté de la plaque, mais cette incertitude elle-même est source d’excitation. C’est quand même stimuilant de se dire que la seule chose dont on est sûrs, c’est que dans 5 ans, dans 10 ans, on n’exercera pas notre métier de la même manière.




''(*) librairie naine est aujourd'hui perçu comme péjoratif''

Posté dans X comme ¦  commentaire aucun commentaire

W comme... WATERPROOF

Sélectionné Par buveurs d'encre -- 16 octobre 2009





Mais bien sûr.


Il y a des panneaux dans lesquels on tombe malgré nos ambitions juvéniles et révolutionnaires, comme revêtir un jean slim, ou dans le cas du libraire, finir par causer de la météo à ses clients. Sûr qu’on a pas forcément le cerveau disponible pour une bonne analyse du dernier prix Nobel (avouons-le, inconnue au bataillon cette dame-là), et qu’on en vient à glisser vers des sentiers battus et rebattus, voire carrément des autoroutes, où l’on roule en toute tranquillité à coups de « bah oui, là c’est l’hiver c’est sûr », ou de « quel temps tout de même », et de « vivement l’été ». C’est comme un penchant naturel, une inclination qui vous pousse à regarder le ciel et à échanger avec vos semblables votre impuissance, traduite par des mots d’une banalité confondante mais irrépressible. Pas moyen d’y échapper, c’est une composante de l’âme humaine, un jour ou l’autre vous commenterez la météo. Mais prenons le débat (mais oui Michel Polac, je sens bien monter la polémique, tout à fait) d’un point de vue professionnel; qu’est-ce qui est préférable au libraire, la pluie ou le soleil ? quelle température, quel degré d’humidité, quelle quantité de précipitations augmentent la fréquentation en librairie ? Doit-il faire la danse de la pluie ou brûler de l’encens pour Phébus et Apollon ?

Hypothèse (basée sur une observation absolument pas scientifique de la chose, mais bon je ne désespère pas qu’un thésard inspiré nous ponde une étude comportementale du consommateur en fonction de l’hydrométrie, qui appuiera mon instinct) : quand il fait beau, le parisien (on va prendre le cas des Buveurs d’encre, librairie parisienne, ce qu’on connaît) a une franche tendance à partir en goguette. Résultat, on a moins de clients au printemps et en été. N’empêche qu’après s’être ruiné toute l’année dans un club de sport, il ne va tout de même pas jouer gratuitement au volant sur la plage, il est prié de lire sa petite pile de romans durement acquise pendant l’hiver.

Alors donc le libraire devrait maudire le beau temps comme son ennemi juré, qui vide son territoire de ses proies préférées ? d’une part, on a tous un instinct végétal, même le libraire, qui se verrait bien mettre un transat dans sa vitrine et cuire comme un rôti. Oubliez la légende du rat de bibliothèque et du bookworm photoallergiques. Oui je veux du soleil, c’est d’ailleurs pour cela que je maugrée en ce moment même à propos de la météo. Mais admettons que la pluie a certaines qualités indéniables : elle invite les gens à rester au sec, comme par exemple dans une librairie bien chauffée tout confort avec même un zeste de musique. Le temps de latence du client en magasin augmente sensiblement. On va espérer que ce n’est pas contre son gré, et qu’il profitera de ce rab pour faire la causette avec l’ami libraire, de livres ou de météo par exemple. Un taux élevé de précipitations a aussi pour conséquence d’améliorer la collection de parapluies de la librairie. Maintenant c’est formidable, on peut se choisir la taille, la couleur, le mécanisme qu’on préfère. Si les temps deviennent trop durs, on se lancera dans le recel.

Alors malgré l’instinct végétal, moi libraire je vénèrerai la pluie ? bah non, même pas. En partie parce que le livre, et la librairie ne sont pas waterproof. C’est toujours un crève-cœur de voir la librairie un lundi pluvieux tout juste lavée et toute belle être sale en 2s 30. A la fin d’un bon samedi de novembre bien trempé, on se demande toujours si un troupeau de Saint-Bernard sortant d’une avalanche n’aurait pas fait une halte dans le coin. Et le détail qui tue, c’est lorsqu’une averse violente a noyé le moteur du rideau de fer de la vitrine. Un concept plein d’avenir, le moteur de rideau extérieur pas imperméabilisé, surtout à Paris. Ah l’inégalable plaisir de remonter à la force des bras cette masse de ferraille défaillante. Un bon quart d'heure, voire plus, à maudire les cieux en espérant qu'il ne vont pas vous retomber sous la tête.

Et si vous y tenez, je vous parlerai une prochaine fois de la clim.

Posté dans W comme ¦  commentaire aucun commentaire

V comme... VENTES

Sélectionné Par buveurs d'encre -- 12 octobre 2009





De la guerrière en nuisette pour booster les ventes : le pire c'est que ça marche.

''« Holala, mais comment donc faites-vous, entre tous les chatoyants ouvrages qui vous parviennent, pour mettre justement en évidence, avec une acuité jamais prise en défaut, ceux là même qui nous titillent les neurones et subséquemment dénouent les cordons de nos porte-monnaie, dans lesquels vous puiserez à loisir ? Oui, comment faites-vous vos choix, coquins que vous êtes ? » nous interrogez-vous en nombre et en substance.

''« C’est bien peu de choses'', rougissons-nous, les yeux modestement baissés sur le tiroir-caisse. ''Peut-être est-ce dû à une connaissance encyclopédique des catalogues d’éditeurs, à un goût très sûr. Sans doute est-ce aussi l’expression d’une connaissance intime de vos inclinaisons naturelles »''. Ce qui est l’exacte vérité, n’en doutez point. Pour être complet, il faut évoquer aussi les conseils et indications des vingt et quelques représentants que nous recevons régulièrement et qui nous aident à faire le tri. De préciser qu’un suivi régulier de la presse ne nuit pas ; l’expérience nous ayant appris que vos principales sources d’inspiration sont en ordre décroissant Le Monde, Télérama et France Inter, ne vous étonnez pas de trouver assez facilement sur table une partie des ouvrages mentionnés par les media susnommés.

Voilà pour l’essentiel, mais je m’en voudrais de passer sous silence l’existence des fameux « classements des meilleures ventes », qui sont aux librairies indépendantes ce que les journaux people sont aux salons de coiffure : personne ne les lit mais tout le monde sait ce qu’il y a dedans. Sachez qu’il en existe deux sortes. Le premier classement est national, c’est l’équivalent livresque du « Top 50 » animé par le regretté Marc Toesca. Relayé par Livres Hebdo, le canard de la profession, ce classement mêle les ventes de la Fnac, des sites internet, de Carrefour, des centres Leclerc et des librairies de quartier dans un joyeux salmigondis.

Dans le classement Romans, année après année, Amélie Nothomb pointe en première place dès la 1ère semaine de septembre. Catégorie Essais, c’est souvent le témoignage d’une quelconque cochonne, vedette de l’émission de télé-réalité du moment. * En tête des BD, c’est immanquablement Titeuf ou Astérix, et en ce moment Bourgeon. Pas grand-chose à en tirer que l’on ne sache déjà. De plus, le fait que les gens se précipitent en masse sur un produit ne garantit pas l’excellence de leur choix. Personnellement, savoir que 34 millions de personnes regardent OM-Barcelone sur TF1 ne m’empêchera pas de préférer, à la même heure et sur une autre chaîne, un documentaire sur les rites amoureux du diable de Tasmanie.

Le classement des meilleures ventes relayé par Livre-Hebdo n’a de fait aucun intérêt pour nous, librairies de quartier. Plus intéressant, et moins connu du grand public, est le classement Datalib *. Le classement Datalib est un bon exemple d’échange participatif entre environ 180 librairies qui se communiquent quotidiennement l’état détaillé de leurs ventes, de leurs achats et de leurs retours. Les Buveurs d’Encre adhèrent à ce panel depuis pas loin d’un an. Chaque matin, je dispose donc d’un panorama extrêmement détaillé de ce qui se vend dans les librairies, à Paris et dans toutes les régions. Si cela m’amuse, je peux même savoir à l’unité près ce que vend Monsieur Tartempion, de la librairie Machin à Mézidon-Les-Deux-Pognes. Je ne fais pas mes choix en fonction de cela, mais cela donne un éclairage intéressant et permet de ne pas passer à côté de livres qui m’ont échappés. Sans chercher absolument à casser mon image, ce sont des choses qui arrivent parfois…

Quand on commence à maîtriser l’engin, on découvre des choses assez rigolotes. Qu’un libraire que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam a des choix, des goûts semblables aux vôtres. Et devinez quoi, quand il fait des piles sur un bouquin qui vous a échappé, vous avez plutôt tendance à y jeter un coup d’œil. Je me suis rendu ainsi compte ainsi, que j’ai des goûts assez semblables aux libraires de chez Coiffard, une grosse librairie de Nantes. Je ne sais pas pourquoi, c’est comme cela. Tout cela pour dire que le classement Datalib, bien qu’il soit très partiel (cela doit représenter quelque chose comme 5% des ventes en France) est précieux pour nous… et bien différent du classement des meilleures ventes nationales de Livre-Hebdo. Tiens, prenons un exemple totalement au hasard : plouf, plouf, plouf. Ah tiens c’est drôle, ça tombe sur « la Princesse et le président », oeuvrette récente d’un certain Valéry Giscard d’Estaing. Le roman rentre en 15ème place au hit-parade de Livre-Hebdo, catégorie romans**. Sur Datalib, il ne figure pas dans les 150 meilleures ventes de romans, niveau auquel le classement s’interrompt. Si je calcule la droite de régression que je multiplie par l’âge du capitaine, ça place VGE aux alentours de la 230ème place. Cela malgré les efforts méritoires de quelques confrères de la Rive Gauche, à un jet de pierre de Tiberiland. Alors : simple retard à l’allumage, manque d’intérêt de nos clients ou scandaleux boycott de libraires ? Allons regarder de plus près les stocks qu’ont constitués les confrères (c’est super indiscret cette cochonnerie de Datalib). Figurez-vous qu’il sont quelques uns à y croire, à l’ex, du côté de Tiberiland surtout. Ils sont aussi deux ou trois en province, d'ex jeunes giscardiens sans doute, a avoir fait des piles de trente. Et si vous passez par Nantes, sachez que la librairie Coiffard dispose d’un exemplaire à la vente, tout comme - plus prêt de chez vous - les Buveurs d’Encre.

* vous pouvez accéder librement au classement général Datalib, repris chaque semaine sur Libé. Le détail, c’est pour les libraires seulement.
** 8ème au classement de Livres Hebdo du 9 octobre ! VGE, la bêbête qui monte...

Posté dans V comme ¦  commentaire un commentaire

U comme... URGENT

Sélectionné Par buveurs d'encre -- 05 octobre 2009





Tu veux un livre ou une piqûre ?

Doupidou poum poum c’est le matin, on lève tranquillement le rideau de fer, on ouvre la porte, on se dit qu’on va aller chercher des cafés pour bien commencer cette belle journée de travail et qu’on va se remettre en jambe doucement après un week-end, d’ailleurs je ne vous ai pas raconté ce qui m’est arrivé hier ? alors… mais non le devoir m’appelle, le premier client rentre et en voiture Simone. « Votre commande ? bien sûr, voyons cela. Ah écoutez, je n’ai pas encore été livré aujourd’hui, et je pense que votre livre est dans la prochaine livraison. Sûr, si j’en suis sûr ? vous savez, on n’est jamais sûr de rien, mais je peux regarder sur le site du distributeur. Oui, je constate qu’il n’est pas franchement à jour. La livraison d’aujourd’hui ? oui les coursiers passent plus tard dans la journée en général. A quelle heure ? je vais être honnête, ça oscille entre 12H et 19H… »

Même dit avec le sourire, et avec l’assurance qu’on téléphonera au client concerné dès que l’ouvrage arrivera, ça en étonne plus d’un. Oui, le temps en librairie s’écoule différemment. Vous rentrez dans un monde où les délais de livraison sont plus élastiques qu’un chewing gum tout juste mâché. Vous allez dire que ce n’est pas très professionnel tout cela, et soit, certains jours on s’arrache les cheveux par poignées, parce qu’il est vrai que faire venir des cartons de livres de la banlieue parisienne au XIXe arrondissement ne justifie pas une semaine d’attente, à moins de venir avec un âne boiteux à reculons. Et bien si ; parfois les entrepôts des distributeurs sont saturés d’ordres de commande, ou les camions des coursiers sont coincés à cause de la circulation (rapport au nombre d’ânes), ou il y a un week-end prolongé et personne n’est là, ou alors la perle rare que vous cherchez ne se trouve qu’à un comptoir ouvert le jeudi de 8 à 11H. L’éventail des raisons est large, et on essaie en général de vous donner une réponse honnête, à défaut d’être bonne.

Soyons clairs : vous avez un délai précis, une date butoir et prévisible, type anniversaire ou Noël, prenez les choses en avance. Soyez bénis, vous qui faites vos listes et vos cadeaux de Noël en novembre. C’est un poil moins aventurier (ou angoissé) que de prendre une assurance obsèques à 30 ans, certes, mais vous êtes sûr d’avoir ce que vous voulez en temps et en heure.

Pareil pour les livres d’école ; septembre est la saison des collégiens et lycéens, qui se déplacent comme des volées d’étourneaux au comportement moutonnier et bruyant. Ils ont laissé derrière eux les salles de cours, font un crochet par la librairie pour commander ce truc énorme de 113 pages que la prof de français les oblige à lire, avant d’aller traîner et se rouler des patins, au lieu d’aller faire leurs devoirs sagement. Donc ils viennent en grappe, posent 12 fois la même question (vu le brouhaha, normal qu’ils n’entendent pas la réponse) et reviennent la semaine suivante chercher leur dû. Manque de chance, le distributeur a du retard, et il faudra attendre un peu plus longtemps ledit livre. Panique à bord. Les visages s’allongent, le teint devient livide, les yeux humides ; et une ado, se drapant dans sa dignité mise à mal par ce manquement impardonnable, qui me lance : « Ce ne sera pas de ma faute si je suis collée. » Comment je dors moi la nuit avec ça sur la conscience ? Il nous arrive donc d’écrire des mots aux profs, en espérant ainsi que les pauvres innocents ne finissent pas au bagne.

Mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est beau, au fond, cette question de vie ou de mort pour un livre. Et quand les portes sont ouvertes à la volée, que les gens arrivent essoufflés et échevelés en me disant que c’est une urgence, moi pour un instant, pour un instant seulement, je me prends pour docteur Carter…

Posté dans U comme ¦  commentaire aucun commentaire